IA dans SAP : seuls 9 % des membres de l'USF ont franchi le pas
Une enquête menée auprès des membres de l'USF montre des clients SAP attentistes face à l'IA. Tarifs, prérequis cloud et retour du DSI de De Sangosse.
SAP a présenté ses agents d'IA devant une salle comble lors de la convention de l'USF, l'association des utilisateurs SAP francophones. Les chiffres de l'association racontent une autre histoire. LeMagIT en rend compte le 22 octobre : les clients francophones restent peu nombreux à utiliser l'IA dans leur ERP, et l'éditeur admet devoir revoir son discours et ses tarifs.
Quatre clients sur cinq n'ont rien lancé
L'enquête a été conduite par Verian, l'ancienne Sofres, auprès de 276 membres de l'USF issus de 154 entreprises. Selon LeMagIT, 9 % déclarent avoir mis en place un cas d'usage d'IA sur les solutions SAP. 80 % n'ont encore rien fait, et 47 % ne connaissent pas la stratégie de l'éditeur en la matière.
Les arguments de SAP, comme la fiabilité des réponses sur des données structurées ou l'intégration de l'assistant Joule, sont plutôt bien reçus. Mais 40 % des sondés ne se prononcent pas. Le livre blanc remis aux membres pour commenter les annonces de Sapphire est jugé peu lisible pour un public qui connaît mal l'IA.
Le cloud et les licences, d'abord
La plupart des fonctions d'IA de SAP passent par le cloud. Or, toujours selon l'enquête, 31 % des répondants ont terminé leur migration vers S/4HANA et 16 % sont en cours. D'ici cinq ans, 75 % envisagent S/4HANA Cloud, mais 37 % pensent conserver des licences perpétuelles.
Les freins cités portent moins sur la technique que sur le contrat. 56 % connaissent mal l'accompagnement proposé par SAP, 53 % ne sont pas satisfaits des modes de licence et 56 % disent manquer de visibilité pour maîtriser leurs coûts.
L'éditeur cherche encore son prix
Olivier Nollent, président de SAP France, le reconnaît : « Nous essayons encore de trouver la tarification la plus adaptée pour qu'elle soit à la fois compréhensible et accessible. » SAP prépare des outils de simulation pour comparer le gain d'un agent et son coût. Véronique Hangard, chief business officer, évoque un modèle fondé sur les résultats pour certains clients, « pas forcément pour tout le monde ».
Olivier Nollent admet aussi qu'en début d'année, « la promesse ne correspondait pas à la réalité ». Il annonce Joule Works, Joule Studio 2.0 et près de 400 agents d'ici la fin de l'année, avec un accompagnement renforcé.
De Sangosse : un premier échec, puis un cas d'usage ciblé
Le retour d'expérience le plus détaillé vient de De Sangosse. En 2025, le groupe avait intégré Joule à S/4HANA Cloud Private Edition sur Azure. Un an plus tard, son DSI Jean-François Judit parle d'un échec sans cause technique : les utilisateurs connaissaient trop bien leur ERP, et l'assistant en lecture seule n'a pas été déployé. Les comptables craignaient aussi d'être remplacés.
Le groupe a alors choisi un problème précis : le suivi du risque client et des impayés. Avec l'intégrateur STMS, l'agent a été conçu en trois réunions de 30 minutes sur Joule Studio. Il croise les données SAP, la documentation interne et des données de solvabilité externes, puis propose une classification des risques et des actions.
Le groupe déclare une baisse des impayés et un meilleur délai moyen de paiement. L'agent n'est pourtant pas en production : le DSI attend Joule Studio 2.0, après une négociation sur la facturation des tokens.
Ce que cela change pour vous
Si vous n'avez rien lancé, vous êtes dans la majorité des clients interrogés. L'enquête suggère que l'obstacle principal est commercial : sans grille tarifaire stable, il reste difficile de chiffrer un cas d'usage. Les outils de simulation annoncés par SAP seront à demander avant tout engagement.
Le cas De Sangosse indique une méthode : partir d'un processus coûteux et mesurable, comme le recouvrement, plutôt que d'un assistant généraliste. Pour un DAF, l'indicateur est déjà connu : le délai moyen de paiement.
Reste le prérequis technique. Sébastien Faure, directeur général de STMS, résume : « Avant d'être prêt pour Joule 2.0, il faut l'être pour adopter la BTP. » La plateforme BTP sert de passerelle vers les modèles de langage. Elle est déjà le produit complémentaire à l'ERP le plus cité dans l'enquête de satisfaction de l'USF.
Enfin, Bernard Cottineau, de la commission Organisation et Gouvernance de l'USF, observe que « les départements SAP se posent des questions sur l'avenir de leur métier », comme lors du passage au cloud. Chez De Sangosse, la réticence des utilisateurs a pesé davantage que la technique.