Référent SAP FI : recruter le poste entre la finance et l'IT
Expert FI, interlocuteur des métiers et pilote de la TMA : un cas de recrutement détaillé montre comment évaluer ce poste clé d'une trajectoire S/4HANA.
Dans les groupes qui exploitent SAP sur plusieurs pays, un poste revient dans les organisations finance et SI : le référent SAP FI. L'intitulé laisse attendre un expert fonctionnel. Le poste réel est plus large. Il se situe entre la direction financière, la DSI, l'intégrateur et la tierce maintenance applicative, et il prend du poids à mesure que la trajectoire vers S/4HANA se précise.
Le cabinet Entourage Recrutement a publié le récit détaillé d'un tel recrutement, mené en 2026 pour un groupe agroalimentaire international et multi-entités. Le document a l'intérêt de décrire la grille d'évaluation, les motifs d'écart et les questions posées. Il éclaire ce que recouvre le poste, au-delà du seul cas.
Le contexte : un core model et une trajectoire S/4HANA
Le groupe disposait d'un environnement SAP structuré, partagé par plusieurs entités et relié à de nombreux processus. Il voulait renforcer son organisation SAP Finance dans le cadre de l'évolution de son core model et de sa trajectoire vers S/4HANA. Le titulaire devait tenir deux temporalités : répondre aux besoins actuels des utilisateurs, et préparer les décisions de la transformation à venir.
Le calendrier de l'éditeur pèse sur ce type de poste. SAP a fixé en 2020 la fin de la maintenance standard de SAP Business Suite 7 à la fin de 2027, avec une maintenance étendue optionnelle jusqu'à la fin de 2030. Un référent recruté en 2026 a donc toutes les chances de vivre la migration, et pas seulement de la préparer.
Trois métiers dans un même poste
Le cas décompose le besoin en trois rôles.
L'expert fonctionnel SAP FI. Le titulaire devait connaître FI assez profondément pour garder la main face à l'intégrateur : analyser un besoin finance, mesurer l'impact d'une évolution sur les interfaces et les autres modules, distinguer un besoin local d'une évolution du core model, construire une stratégie de test, intervenir en hypercare.
L'interlocuteur des métiers. Il devait écouter les utilisateurs, expliquer une contrainte SAP à un financier et traduire un besoin métier auprès de consultants techniques. Surtout, il devait trier : ce que le standard traite, ce qui justifie une évolution, ce qui reste commun à tous les pays, ce qui peut faire l'objet d'une exception locale.
Le pilote des partenaires externes. Au-delà de la transmission des demandes, il encadrait fonctionnellement la TMA et l'intégrateur. Pour chaque livrable, le cas liste les questions à poser : la solution répond-elle au besoin, respecte-t-elle le core model, crée-t-elle une dette, les estimations sont-elles cohérentes, les équipes internes pourront-elles la maintenir, est-elle compatible avec la trajectoire S/4HANA. Le poste reposait peu sur le management hiérarchique et beaucoup sur l'influence.
Une grille pondérée sur cinq critères
Avant de comparer les candidats, le besoin a été traduit en critères observables, chacun pesé selon sa part dans le poste :
- 30 % pour l'expertise fonctionnelle SAP FI : comptabilité générale, clients et fournisseurs, immobilisations, flux bancaires, clôtures, interfaces ;
- 25 % pour S/4HANA, la migration et la transformation, avec le rôle réellement tenu, de la conception à l'hypercare ;
- 20 % pour la posture de référent : prioriser, arbitrer, piloter la TMA, challenger l'intégrateur ;
- 15 % pour le core model et l'environnement international ;
- 10 % pour VIM, l'outil de traitement des factures fournisseurs, et les processus associés.
Le poids limité de VIM est un choix assumé. Le cas explique qu'exiger d'emblée cet outil, quand il ne représente qu'une partie du périmètre, réduit fortement le vivier. Il a été traité comme un critère de différenciation, ce qui a gardé dans la recherche d'excellents profils SAP Finance.
Ce critère mérite d'être relu à la lumière du calendrier français. Selon l'administration fiscale, depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir leurs factures sous forme électronique dès lors que leur fournisseur est tenu de les émettre sous ce format, et les grandes entreprises et les ETI sont tenues de les émettre. L'obligation d'émission s'étend aux PME et aux micro-entreprises le 1er septembre 2027. Pour une entreprise qui traite ses factures fournisseurs dans SAP, le poids donné à ce volet se discute donc au moment de la grille, et non après coup.
Ce que 600 profils ont montré
La recherche a porté sur 600 profils, travaillés en plusieurs vagues et en deux langues, en partant des réalisations attendues plutôt que des intitulés. Les familles explorées allaient des consultants FICO expérimentés aux responsables applicatifs finance, en passant par les responsables de core model et les spécialistes des processus fournisseurs.
Les motifs d'écart sont instructifs pour toute entreprise qui ouvre ce poste : une expérience surtout tournée vers SAP CO, un profil centré sur la gestion de projet au paramétrage ancien, un rôle limité à la recette ou au support, une carrière exclusivement en TMA, une expérience S/4HANA restée périphérique, une expertise VIM sur une base FI trop étroite, ou un intitulé de lead plus élevé que les responsabilités réellement exercées.
Faire parler les réalisations
Les entretiens visaient à séparer ce que le candidat avait piloté de ce qu'il avait exécuté. « J'ai participé au projet », « j'ai conçu la solution » et « j'ai validé le travail de l'intégrateur » décrivent trois rôles différents. Parmi les douze questions retenues figurent celles-ci : qu'avez-vous personnellement paramétré sur votre dernier projet SAP FI, quelle a été votre responsabilité exacte dans une migration vers S/4HANA, comment challengez-vous une estimation proposée par une TMA, que feriez-vous pendant vos trois premiers mois.
Le cas insiste aussi sur la posture. Une part importante du vivier venait de cabinets de conseil ou d'intégrateurs, qui forment de bons experts. Le passage chez un client final demande d'autres réflexes : porter une solution dans la durée, gérer la dette applicative, préférer parfois une solution soutenable à une solution idéale, défendre un core model face aux demandes locales.
Trois profils, un recrutement
Trois candidats ont été présentés, assez différents pour se comparer : un expert SAP FI très opérationnel, solide sur le core model mais moins exposé à certains volets de la transformation ; un profil de pilotage, dont il fallait mesurer la profondeur FI ; et un SAP Finance Lead réunissant plusieurs projets S/4HANA, des déploiements internationaux, le pilotage de partenaires et une pratique opérationnelle de VIM.
C'est ce dernier qui a été retenu. La décision a porté sur l'équilibre de l'ensemble, plus que sur un titre ou un outil : le profil avait déjà rencontré plusieurs situations proches du poste, ce qui laissait attendre une prise en main rapide et une crédibilité immédiate face aux métiers comme aux prestataires.
Le récit complet, avec la démarche en six étapes et les douze questions, se lit dans le cas du recrutement d'un référent SAP FI pour une transformation S/4HANA.
Ce que le cas dit du poste
Le référent SAP FI n'est ni le plus technique ni le plus senior des profils SAP Finance. Il est celui qui décide, explique et documente, puis assume les conséquences opérationnelles de ses choix pendant plusieurs années. Pour une entreprise utilisatrice, c'est un poste à écrire à partir des arbitrages qu'il aura à rendre, et non à partir de la liste des modules.